Dans une vidéo d’une violence inouïe devenue virale sur les réseaux sociaux, une jeune femme est sauvagement attaquée à la machette sous l’œil de plusieurs personnes qui filment la scène. La victime, surnommée Baby Love, sera finalement tuée. Derrière ces images insoutenables se dessine une affaire mêlant réseaux sociaux, règlements de comptes et l’univers du puissant gang haïtien 400 Mawozo.
Au cœur de cette affaire se trouve Esther Thomas, plus connue sur les réseaux sociaux sous le nom de « Nice B ». Selon plusieurs publications, la victime, Baby Love, et elle étaient amies et fréquentaient le même environnement autour du gang 400 Mawozo. Cette proximité aurait d’ailleurs joué un rôle déterminant dans le piège tendu à Baby Love. Selon Satellite509, les deux jeunes femmes auraient notamment été recrutées par des membres du groupe pour des rencontres sexuelles. C’est dans ce contexte qu’aurait été prise la photo qui aurait tout déclenché.
Selon plusieurs médias haïtiens, Baby Love aurait publié une image montrant Nice B aux côtés de Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », chef de 400 Mawozo. Le Facteur Haïti rapporte que Wilson Joseph aurait lui-même reconnu avoir ordonné l’exécution de Baby Love précisément parce qu’elle avait pris puis diffusé cette photo. Il aurait chargé Darlens Duclona, surnommé « Enspektè Tèt Kale », de mettre son ordre à exécution.
La vidéo donne la mesure de l’atrocité. On y voit un homme armé d’une machette découper un bras de la jeune femme avant de s’attaquer à ses jambes, tandis que plusieurs personnes se tiennent autour d’elle et filment la scène. Rien, dans ces longues secondes, ne semble interrompre son supplice.
Mais l’un des éléments les plus glaçants concerne le rôle attribué à Nice B pendant le meurtre. Le Facteur Haïti affirme qu’après avoir reproché à Baby Love la publication de la photo, Nice B aurait assisté à son supplice et demandé que sa tête lui soit remise. Dans la vidéo devenue virale, une voix féminine est entendue répéter : « Koupe tèt la, ban m tèt la », soit « Coupez-lui la tête, donnez-moi la tête ». L’attribution formelle de cette voix à Nice B reste cependant du ressort de l’enquête.
L’affaire a rapidement pris une dimension judiciaire. Le 5 septembre, le parquet de Croix-des-Bouquets a ordonné la recherche et l’arrestation d’Esther Thomas. La Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a ensuite diffusé un avis de recherche la visant pour assassinat, tentative d’assassinat et association de malfaiteurs. Darlens Duclona est également recherché pour les mêmes infractions.
Derrière ce meurtre se dessine ainsi un scénario qui dépasse largement une simple dispute sur les réseaux sociaux. Une photographie aurait exposé publiquement les liens entre Nice B et l’un des chefs de gang les plus puissants d’Haïti. Sa diffusion aurait été perçue comme une dénonciation ou une trahison, entraînant une vengeance d’une brutalité extrême.
Au-delà de l’horreur du crime, cette affaire interroge aussi sur l’amitié, la confiance et la place prise par les réseaux sociaux dans nos vies. Si Baby Love et Nice B étaient réellement amies, comme le rapportent plusieurs publications, la trahison n’en est que plus brutale. Elle rappelle aussi qu’une photo, une vidéo ou une publication en apparence anodine peut, dans certains environnements, avoir des conséquences dramatiques.
Entre exposition de soi, recherche de visibilité, fréquentations dangereuses et frontières de plus en plus floues entre vie privée et réseaux sociaux, l’affaire Baby Love raconte aussi quelque chose de notre époque : ce que nous publions, ceux à qui nous faisons confiance et les milieux que nous fréquentons peuvent parfois nous exposer bien au-delà de ce que nous imaginons.
