Onze ans après sa mort, le général Mathieu Kérékou reste une figure incontournable de l’histoire politique du Bénin. De sa prise du pouvoir par un coup d’État en 1972 à son retour à la tête de l’État par les urnes en 1996, l’ancien président a marqué plusieurs décennies de la vie nationale, entre révolution marxiste-léniniste, transition démocratique et alternance pacifique.
Le 14 octobre 2015, le Bénin perdait l’un de ses anciens chefs d’État. Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa, dans le nord-ouest du Dahomey, devenu le Bénin, Mathieu Kérékou s’est éteint à Cotonou à l’âge de 82 ans. Son parcours politique, singulier et parfois controversé, demeure un chapitre majeur de l’histoire contemporaine du pays.
1972 : l’arrivée au pouvoir par un coup d’État
Le 26 octobre 1972, Mathieu Kérékou prend le pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire qui met fin au Conseil présidentiel. Il inaugure alors une nouvelle période politique, marquée par la concentration du pouvoir entre les mains de l’armée.
Deux ans plus tard, le 30 novembre 1974, lors du discours historique d’Abomey, il annonce l’orientation marxiste-léniniste du régime. Cette doctrine devient le fondement idéologique du pouvoir et entraîne une profonde transformation de l’organisation politique et économique du pays.
Le 30 novembre 1975, le Dahomey change officiellement de nom pour devenir la République populaire du Bénin. Cette nouvelle appellation symbolise la volonté du régime de rompre avec l’ancien ordre politique.
1977 : une tentative de déstabilisation du régime
Le 16 janvier 1977, le pouvoir de Mathieu Kérékou est confronté à une tentative de coup d’État menée à Cotonou par le mercenaire français Bob Denard et ses hommes. L’opération, connue sous le nom d’« opération Crevette », échoue.
Cet épisode constitue l’un des événements marquants de son règne et contribue à inscrire son nom dans l’histoire des crises politiques et militaires de la région.
1989-1990 : le tournant décisif vers la démocratie
À la fin des années 1980, le régime fait face à une grave crise économique et sociale, aggravée par les grèves et les contestations populaires. En décembre 1989, Mathieu Kérékou renonce au marxisme-léninisme, ouvrant la voie à une transformation profonde du système politique.
Du 19 au 28 février 1990, la Conférence nationale des forces vives de la Nation se tient à Cotonou. Cette rencontre historique amorce la transition démocratique et pose les bases d’un nouvel ordre politique fondé sur le pluralisme et les libertés publiques.
En mars 1991, Mathieu Kérékou perd l’élection présidentielle face à Nicéphore Dieudonné Soglo. Il accepte les résultats et quitte pacifiquement le pouvoir. Cette alternance constitue une étape importante dans l’histoire démocratique du Bénin.
1996 : le retour spectaculaire par les urnes
Cinq ans après son départ, Mathieu Kérékou effectue un retour politique remarquable. En mars 1996, il remporte l’élection présidentielle face au président sortant Nicéphore Soglo.
Cette victoire marque une nouvelle étape de son parcours : l’ancien dirigeant militaire revient à la tête du pays par la voie électorale, dans un contexte démocratique profondément différent de celui de son arrivée au pouvoir.
Réélu en mars 2001, il poursuit son second mandat jusqu’en 2006. En avril de cette année-là, il quitte la présidence conformément aux dispositions constitutionnelles, après avoir atteint la limite d’âge prévue par la Constitution.
La passation du pouvoir à Thomas Boni Yayi marque alors la fin de ses fonctions présidentielles.
Mathieu Kérékou, une page majeure de l’histoire béninoise
Onze ans après sa disparition, Mathieu Kérékou demeure une personnalité dont l’héritage suscite des lectures diverses. Son parcours a traversé des périodes politiques contrastées : le pouvoir militaire, l’expérience marxiste-léniniste, la crise du régime, la transition démocratique et le retour au pouvoir par les urnes.
Son acceptation de la défaite électorale de 1991, puis son retour démocratique en 1996, constituent deux moments particulièrement marquants de son histoire politique.
Décédé le 14 octobre 2015 à Cotonou, l’ancien président laisse derrière lui un héritage complexe, intimement lié aux transformations politiques du Bénin depuis les années 1970.
Onze ans après sa mort, le souvenir de Mathieu Kérékou continue ainsi de nourrir la mémoire collective et les réflexions sur l’évolution politique du pays.
