
Fatima serre son enfant de deux ans contre elle, le cœur lourd. Les brûlures marbrent le visage et les jambes du petit, sa peau peine à cicatriser. Ses autres enfants, marqués à vie, portent les stigmates d’une obsession imposée : celle d’une peau plus claire, censée ouvrir les portes d’une meilleure acceptation sociale.
Sous la pression familiale, cette mère nigériane de 32 ans a appliqué des crèmes éclaircissantes sur ses six enfants, espérant leur offrir un avenir plus radieux. Mais aujourd’hui, elle ne voit que des cicatrices, des regards fuyants et des blessures qui peinent à guérir.
L’une de ses filles refuse de montrer son visage en public, cachant des brûlures indélébiles. Une autre arbore un cercle pâle autour des yeux, contrastant douloureusement avec sa peau foncée. Les lèvres et les genoux de sa sœur portent des cicatrices blanchâtres. Et le plus jeune, âgé de seulement deux ans, souffre encore de plaies suintantes.
« Ma sœur a des enfants à la peau claire. Ma mère les préférait aux miens. Ça m’a brisée », confie Fatima, rongée par le remords.
Elle a acheté ces crèmes en supermarché, sans se douter du poison qu’elle étalait sur la peau de ses enfants. D’abord, l’illusion : la peau semblait s’éclaircir, et sa mère s’est montrée plus affectueuse avec ses petits. Mais très vite, la tragédie s’est dessinée.
Le blanchiment de la peau, un fléau en Afrique, trouve ses racines dans des standards de beauté profondément ancrés. Selon l’OMS, 77 % des femmes nigérianes y ont recours, un chiffre qui reflète une réalité alarmante.
Les brûlures et cicatrices de ses enfants rappelleront à Fatima, toute sa vie, que l’obsession de la peau claire a un prix. Un prix bien trop lourd à payer.