La corruption sexuelle est un phénomène silencieux qui détruit des êtres humains. Au Bénin, ce phénomène est une réalité dans plusieurs secteurs et il est important d’en parler pour comprendre les contours et connaître les voies de recours afin de protéger les victimes.
La corruption sexuelle se définit comme l’abus d’un pouvoir ou d’une position d’autorité pour obtenir, solliciter ou accepter un avantage de nature sexuelle en échange d’un service, d’un droit, d’une décision ou d’un privilège. L’auteur peut être un enseignant, employeur, recruteur, supérieur hiérarchique etc.
La corruption sexuelle et le harcèlement sexuel, malgré certaines similitudes apparentes, ne désignent ni les mêmes comportements ni les mêmes infractions. Ces deux phénomènes sociaux sont souvent confondus.
Le harcèlement sexuel désigne des propos ou comportements à connotation sexuelle imposés, de manière répétée, à une personne, portant atteinte à sa dignité ou créant un environnement intimidant, hostile ou humiliant. Il peut survenir sans aucune notion d’échange ou de transaction.
- La corruption sexuelle, quant à elle, se repose sur une logique d’échange. Il s’agit d’un service ou un avantage qui est conditionné à une faveur sexuelle. Il y a une forme de « marchandage » liée à la position d’autorité de l’auteur.
En milieu professionnel comme éducatif, la distinction est importante. En effet, le harcèlement peut exister sans contrepartie proposée, alors que la corruption sexuelle implique toujours un chantage lié à un avantage précis (une note, un poste, une promotion).
Le phénomène est bien réel au Bénin. Une étude réalisée dans le cadre du projet « Stop corruption, Stop VBG » dont le rapport a été validé mi-juin 2026 montre que cette forme de violence est présente dans les communes d’Abomey-Calavi, de Cotonou, de Parakou et de Porto-Novo. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une personne sur cinq est victime de corruption sexuelle dans les communes couvertes par l’enquête. Les filles et femmes sont les plus touchées.
Les secteurs les plus touchés
Dans les écoles et universités, la corruption sexuelle prend souvent la forme d’un chantage aux notes. De nombreuses élèves et étudiantes reçoivent des propositions d’admission ou d’amélioration de notes contre des rapports sexuels. Une situation qui amène plusieurs apprenantes à abandonner leur cursus, mettant ainsi fin à leurs ambitions professionnelles.
Au sein de l’administration, la corruption sexuelle touche de plein de fouet les demandeurs d’emploi, notamment les femmes. Bien que qualifiées, certaines femmes se voient proposer d’accéder au poste en échange d’une partie de jambes en l’air ». Pour celles déjà en poste, il leur est parfois imposé la loi de l’omerta contre des promesses de maintien en fonction ou de promotion. Bien de femmes qui n’ont pas cédé à ce chantage ont été contraintes d’abandonner les emplois ou remerciées.
Les voies de recours, comment dénoncer ?
L’absence du terme « corruption sexuelle » dans la législation n’est pas un frein à l’accès à la justice et à l’accompagnement. Les victimes peuvent recourir à plusieurs dispositifs de protection existants. Il s’agit des commissariats de police pour le dépôt de plainte, les organisations non gouvernementales spécialisées dans la protection des femmes et la lutte contre les violences basées sur le genre, les Guichets uniques de protection sociale (GUPS), les Centres intégrés de prise en charge des victimes de VBG (CIPEC-VBG) dans les centres hospitaliers départementaux. L’état béninois a créé l’Institut national de la femme (INF). Par ailleurs, des numéros verts gratuits sont également disponibles : 114 (appel direct) ou 01 51 07 88 88 (WhatsApp en appels, messages écrits ou audios)
La corruption sexuelle prospère dans le silence, la honte et la peur des représailles. Briser ce cycle passe par connaître ses droits, identifier les faits, avoir connaissance du dispositif de protection disponible. Aucune note, aucun poste, aucune promotion ne devrait être obtenu au prix de la dignité d’une personne.
Médard Clobechi

