Quelques jours après l’investiture du président Romuald M’Buéké Kossi Wadagni et la mise en place du nouveau gouvernement, l’attention de l’opinion publique se tourne désormais vers le Sénat, nouvelle institution introduite par la révision constitutionnelle sous le régime de la Rupture.
Cette chambre, appelée à jouer un rôle majeur dans l’architecture institutionnelle du pays, suscite déjà débats et interrogations, notamment en raison de la présence annoncée des anciens chefs d’État en qualité de membres de droit.
Pour comprendre les enjeux actuels, il convient de revenir sur le parcours politique des deux figures qui ont marqué la vie publique béninoise au cours de la dernière décennie ,Patrice Talon et Boni Yayi.
Durant les dix années du régime de la Rupture, les Béninois ont été témoins d’une opposition particulièrement active incarnée par l’ancien président Boni Yayi. Celui-ci s’est illustré par de nombreuses prises de position dénonçant ce qu’il considérait comme des reculs démocratiques et des dérives dans la gouvernance du pays.
L’histoire récente retient notamment les manifestations de l’opposition à Dantokpa, réprimées par les forces de sécurité, l’implosion progressive des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), première force politique de l’opposition incarnée par l’homme de Tchaourou, les événements des 1er et 2 mai 2019 ayant conduit au confinement de Boni Yayi dans sa résidence de Cadjèhoun pendant cinquante-deux jours, ainsi que les tensions préélectorales ayant abouti à l’exclusion de l’opposition notamment, le parti Les Démocrates,créé par l’ancien Président Thomas Boni Yayi. L’exclusion de tout le processus électoral.
Ces épisodes, parmi tant d’autres, ont contribué à façonner l’image d’un Boni Yayi devenu la principale figure contestataire du régime Talon. Les affrontements politiques et les échanges parfois virulents entre les deux hommes demeurent encore fortement ancrés dans la mémoire collective.
Aujourd’hui âgé de 75 ans et ayant quitté la présidence de son parti politique, Boni Yayi semblait s’acheminer vers une retraite politique plus apaisée. Pourtant, la création du Sénat semble raviver certaines interrogations sur l’avenir des relations entre les principaux acteurs de la vie politique nationale.
Le Sénat, une institution aux équilibres délicats
Présenté comme une chambre de sages destinée à renforcer la stabilité institutionnelle, le Sénat béninois devra néanmoins relever plusieurs défis liés à sa composition et à son fonctionnement.
L’institution réunira des membres de droit ainsi que des personnalités désignées selon des mécanismes prévus par la Constitution et les lois organiques. Dans ce contexte, on est en droit de s’interroger sur la capacité de cette assemblée à garantir une cohabitation harmonieuse entre des personnalités issues d’horizons politiques parfois opposés.
La question de la gouvernance interne de l’institution demeure également au centre des débats. Le mode de désignation du président du Sénat, du vice-président et des autres responsables du bureau constitue l’un des sujets les plus commentés dans les cercles politiques.
Certaines voix plaident pour un mécanisme fondé sur l’ancienneté des anciens chefs d’État et des autres personnalités siégeant de droit, estimant qu’une telle formule permettrait d’éviter d’éventuelles rivalités et de préserver l’autorité morale de l’institution.
D’autres observateurs mettent en garde contre le risque que le contrôle du Sénat par une personnalité politique récemment sortie du pouvoir puisse alimenter des interprétations susceptibles de fragiliser la crédibilité de cette nouvelle institution.
Le défi de la réconciliation politique
Au-delà des débats sur son organisation, le Sénat apparaît aujourd’hui comme un véritable test pour la maturité démocratique du Bénin.
L’institution pourrait devenir un espace de dialogue, de concertation et d’apaisement entre les différentes sensibilités politiques du pays. Elle pourrait également contribuer à tourner définitivement la page des antagonismes qui ont marqué la vie publique nationale au cours des deux dernières décennies.
Pour y parvenir, les futurs membres du Sénat devront faire preuve d’un sens élevé de responsabilité, de dépassement de soi et d’attachement à l’intérêt général.
À l’heure où le Bénin entame un nouveau cycle politique sous la présidence de Romuald Wadagni, la réussite du Sénat dépendra avant tout de la confiance mutuelle entre ses membres et de leur capacité à placer l’avenir de la République au-dessus des clivages du passé.
Le retour institutionnel de Boni Yayi ou nom dépendra de la volonté politique des tenants du pouvoir d’instaurer un climat pacifique, d’équité, de confiance et aussi de convictions renouvelées avec assurance de Boni Yayi à ses compatriotes.
C’est certainement la seule approche pour aller à la vraie trêve politique.
Malick Chabi Yiro ✍
