Avec moins de quatre électeurs sur dix aux urnes, les élections législatives et communales du 11Janvier 2026 ont révélé un profond malaise politique au Bénin à travers le premier double scrutin majeur de l’ère du renouveau démocrtique dans un contexte politique tendu.
Des élections législatives pour élire les 109 députés de la 10e législature de l’Assemblée nationale,les élections communales et municipales pour élire 1815 conseillers à travers tout le pays.
Ce double scrutin s’est déroulé dans un contexte politique marqué par une faible mobilisation électorale, un taux d’abstention élevé et des controverses autour de l’inclusion politique de l’opposition à quelques mois de la présidentielle programmée pour avril 2026.
D’après la Commission électorale nationale autonome (CENA), le taux de participation global aux élections législatives a été de seulement 36,73 % des électeurs inscrits.
Ce chiffre témoigne d’une forte abstention, similaire ou inférieure à celle des scrutins précédents (par exemple, autour de 37 % en 2023).
Quelles sont les raisons de ce fort taux d’abstention ?
Défiance persistante envers le système politique et les institutions.
De nombreux électeurs expriment un manque d’intérêt pour le vote, estimant que les élections n’ont que peu d’impact concret sur leur vie quotidienne ou sur le fonctionnement politique.
Épuisement démocratique et désillusion citoyenne.
L’abstention prolongée se nourrit d’une désillusion vis-à-vis de la classe politique et d’un sentiment de déconnexion entre les élus et les préoccupations sociales réelles.
Beaucoup voient le vote comme inutile dans un système perçu comme dominé par les partis établis, ce qui alimente un désintérêt croissant.
Les effets des réformes électorales et obstacles structurels.
Le relèvement du seuil électoral (20 % des suffrages pour être représenté à l’Assemblée) a exclu des partis importants, notamment Les Démocrates (principal parti d’opposition) qui n’ont pas franchi ce seuil malgré un score national notable.
Cette dynamique légale peut dissuader les électeurs de se mobiliser s’ils estiment que leur vote ne fera pas de différence concrète en termes de représentation.
Le Contexte sociopolitique plus large
Le scrutin s’est tenu quelques semaines après une tentative de coup d’État avortée en décembre 2025, ce qui a pu accentuer le climat d’incertitude ou la priorité donnée par certains électeurs à la stabilité plutôt qu’à la participation civique.
Ce contexte a également influencé les stratégies de communication politique, parfois en faveur de la stabilité institutionnelle plutôt que du débat électoral.
Ainsi ,les deux principaux partis de la majorité présidentielle — l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR) — ont remporté tous les sièges à l’Assemblée nationale, respectivement 60 et 49.
Le principal parti d’opposition, Les Démocrates (LD), a obtenu environ 16,14 % des voix mais n’a pas franchi le seuil de 20 % requis dans chaque circonscription pour obtenir des sièges.
Les autres formations politiques (FCBE, Moele-Bénin) n’ont pas remporté de sièges non plus.
Conséquence politique majeure.
L’opposition demeure absente de l’Assemblée nationale, réduisant de fait le pluralisme institutionnel à quelques mois de l’élection présidentielle d’avril 2026.
A l’analyse,bien que les données précises par scrutins distincts (législatif vs communales) ne soient pas toutes disponibles publiquement, les tendances générales montrent :
Dans les législatives, le taux global est très faible (~36,7 %).
Aux communales, il est probable que le taux soit du même ordre ou parfois encore plus faible, une tendance observée dans les élections locales quand l’engagement est moindre. (Analyse comparative générale)
Ce manque d’engagement aux deux niveaux territoriaux indique un problème structurel de mobilisation civique qui dépasse la simple élection présidentielle.
Les leçons à tirer avant la présidentielle d’avril 2026
– Rétablir la confiance dans les institutions.
Un taux d’abstention élevé est souvent un signal d’alarme sur la crédibilité perçue du processus démocratique.
Les autorités, partis politiques et organisations civiles devront travailler à restaurer la confiance et la transparence.
Renforcer l’inclusion politique
Si des partis d’opposition modérés ne sont pas représentés au Parlement ou dans les collectivités, cela peut réduire l’attrait de l’élection pour leurs électeurs. Des efforts pour faciliter l’accès équitable au processus — notamment l’allègement des contraintes juridiques ou logistiques — pourraient améliorer la participation.
Intensifier la sensibilisation citoyenne
La mobilisation électorale passe aussi par une communication proactive sur l’importance du vote et sur l’impact concret des résultats politiques sur la vie quotidienne des citoyens.
Traiter les enjeux socio-économiques
Un électeur préoccupé par l’emploi, l’inflation ou les services de base peut être moins motivé à voter si ces enjeux ne sont pas clairement connectés au débat politique. Les candidats à la présidentielle devront articuler des réponses crédibles à ces préoccupations pour renforcer la participation.
Le faible taux de participation observé lors du double scrutin du 11 janvier 2026 au Bénin révèle une crise de mobilisation démocratique qui pèse sur les piliers du débat politique.
Il interpelle les acteurs politiques, les institutions et la société civile pour qu’ils adaptent leurs stratégies avant l’élection présidentielle d’avril, dernière étape majeure de ce cycle électoral.
Malick Chabi Yiro ✍
