Dans la Donga, l’interprofession soja et la douane béninoise ont entamé une mission de sensibilisation pour freiner l’écoulement du soja vers les pays voisins.Une initiative qui se heurte à une réalité économique implacable : des prix d’achat jugés trop bas par les producteurs, contraints de chercher ailleurs de meilleures opportunités. Comment concilier souveraineté économique, transformation locale et survie des paysans ?
Dans les communes de la Donga, principaux bassins de production du soja au Bénin, la tension est palpable. En mission conjointe de sensibilisation, l’Interprofession soja et l’administration douanière sillonnent les localités pour appeler les producteurs à ne plus écouler leurs récoltes vers les pays voisins, notamment le Nigeria et le Togo.
L’objectif affiché est clair : sécuriser la matière première destinée aux unités locales de transformation, conformément à la politique industrielle portée par le gouvernement du président Patrice Talon. Mais sur le terrain, le message peine à convaincre.
Des prix peu incitatifs face au marché sous-régional
Si l’État mise sur la transformation locale pour créer de la valeur ajoutée et des emplois, les producteurs, eux, dénoncent des prix de rachat jugés dérisoires, bien en deçà de ceux pratiqués dans la sous-région.
« À ces prix-là, nous travaillons à perte », confient plusieurs producteurs rencontrés dans la Donga. Entre la hausse des prix des intrants agricoles, le coût de la main-d’œuvre et les aléas climatiques, vendre le soja au prix fixé localement devient économiquement intenable pour beaucoup.
Face à cette situation, l’exportation informelle apparaît comme une alternative de survie, plutôt qu’un acte de défiance envers l’État.
Une approche répressive contre-productive ?
La sensibilisation menée par la douane, parfois perçue comme une menace à peine voilée de répression, suscite incompréhension et frustration. Pour de nombreux producteurs, interdire sans offrir d’alternative viable revient à déplacer le problème.
Le risque est réel : découragement des producteurs, baisse des superficies emblavées, voire abandon progressif de la culture du soja au profit d’autres spéculations plus rentables.
Des solutions pour sortir de l’impasse.
Pour éviter un divorce durable entre l’État, les transformateurs et les producteurs, plusieurs pistes méritent d’être explorées :
1. Réviser le mécanisme de fixation des prix
Un prix plancher plus proche des réalités du marché sous-régional, tenant compte des coûts de production, permettrait de redonner confiance aux producteurs.
2. Instaurer des subventions ciblées ou des primes à la livraison locale
Des incitations financières pourraient compenser l’écart entre les prix locaux et ceux de l’exportation informelle.
3. Renforcer le dialogue avec les producteurs
Au-delà de la sensibilisation, un cadre de concertation permanent est nécessaire pour associer les producteurs aux décisions stratégiques de la filière.
4. Améliorer la capacité et la rapidité d’absorption des unités de transformation
Les retards de paiement et les limites logistiques accentuent la méfiance. Une chaîne d’achat plus fluide et plus transparente est indispensable.
Un enjeu stratégique pour l’avenir agricole
Le soja est devenu une culture stratégique pour le Bénin. Mais sans un équilibre juste entre ambition industrielle et réalité paysanne, la politique de transformation risque de se heurter à ses propres limites.
Dans la Donga comme ailleurs, la solution ne se trouvera ni uniquement aux frontières, ni uniquement dans les champs, mais dans un compromis économique durable, au bénéfice de toute la filière.
Malick Chabi Yiro ✍
